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Spered Gouez n°23 : Viv(r)e l'utopie ! 

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Bon de commande n°23

Communiqué de presse n°23

 

Ce numéro est élu "Revue du mois " de décembre par Jacmo et la revue Décharge ! 

www.dechargelarevue.com/Spered-Gouez-n-o-23.html

 

Au sommaire du n°23 (parut le dernier week-end d'octobre 2017 lors du Festival du livre de Carhaix) :

 En couverture et illustrations intérieur : Michel Le Sage

Mémoire : Hélène Cadou (1922-2014) par Ghislaine Lejard.

Avis de tempête / Taol kurun : billet d'humeur, carte blanche à Lucien Wasselin

Points de vue : Demeure d'Angèle Vannier, suivi de 12 poèmes d'Angèle Vannier,  de Nicole Laurent-Catrice (Les Editions Sauvages). Articles de Gérard Cléry et Guy Allix. 

Escale : Alberto Pimenta, poète portugais contemporain, né en 1937. Dossier préparé par Eve Lerner. 

Chroniques Sauvages : 

Nuits d'encre, chronique de Marie-Josée Christien : Silence hôpital de Pierre Tanguy (La Part Commune), Faites battre vos candeurs de Eve Lerner (Diabase), Cavalier seul de Mérédith Le Dez (Mazette), Silencieux de Alain Clastres (Unicité), Lettre d'un athée à un ami croyant de Michel Baglin (Henry), Passant de Gérard le Gouic (Telen Arvor), Empreintes, mémoire d' île, d'Henri Girard et Jean-Paul le Bihan (CEMO et CRAF éditeurs). 

Passage, chronique de Guy Allix :  Anthologie poétique de André Malartre (par Yves Leroy) etQuelques notes avec Brassens de Joel Favreau. 

Revues d'ici, revues d'ailleurs, par Marie-Josée Christien

Le coup de coeur de Jean Bescond : Armand Robin dans les oeuvres de fiction de Georges Brassens. 

Vagabondages : notes de lecture de Jacqueline Saint-Jean (sur des livres de Marie-Hélène Prouteau, Marilyse Leroux, Silvaine Arabo), de Patrice Perron (livres de Yvon Kervinio, Jean Grin, Arto Paasilinna), de Bruno Geneste (livres de Isabelle Moign / Jean-Yves Gloaguen, Tom Buron)

Tamm Kreiz : dossier consacré à Jean-Paul Kermarrec (poète, 1er lauréat du Prix Xavier-Grall pour l'ensemble de son oeuvre en 2006, responsable de rédaction de Digor, la revue annuelle de la Maison de la poésie du pays de Morlaix). 

Viv(r)e l'utopie : Textes courts (poésie, nouvelle, récit, aphorisme, réflexion) inédits en français ou/et en breton.

Auteurs retenus par le comité de lecture (ordre alphabétique) : Danielle Allain Guesdon, Guy Allix, Louis Bertholom, Jean-Pierre Boulic, Alain Brissiaud, Annie Cariou, Marie-Josée Christien, Karim Cornali, Chantal Couliou, Flora Delalande, Chantal Dupuy-Dunier, Maï Ewen, Mireille Fargier-Caruso, Jean-Marc Gougeon, Valère Kaletka, Alain Lacouchie, Denis Langlois, Jean-Luc Le Cléac’h, Eve Lerner, Marilyse Leroux, Brigitte Maillard, Evelyne Morin, Lydia Padellec, Angèle Paoli, Sydney Simonneau  

 

Viv(r)e l’utopie ! 

« Faites que le rêve devienne votre vie, afin que la vie ne devienne pas votre rêve. »

Antoine de Saint-Exupéry

L’utopie, née d’un néologisme forgé en 1516 par l’écrivain humaniste anglais Thomas More pour nommer l’île d’Utopia abritant dans son récit une société idéale imaginaire, aujourd’hui synonyme de rêve impossible et irréalisable, n’a plus le droit de cité, sans être l’objet de réprobations et de railleries.

La seule perspective présentée aujourd’hui comme l’horizon indépassable de notre organisation sociale est celle de la course effrénée  à la consommation qui ne répand dans son sillage que précarité et régression sociale, isolement, souffrance et désespoir. Ce leurre nous laisse dans un désenchantement sans précédent, car même l’espoir nous est désormais interdit. Tandis qu’une caste s’octroie des passe-droits et de surcroît s’arroge tous les droits, notre littérature est encombrée de faiseurs et de livres inutiles. La lutte est rude et sans pitié pour ceux qui sont sans boussole dans le tohu-bohu ambiant. Dans cette société figée dans ses inégalités, nous avons plus que jamais besoin d’un horizon d’attente, d’un lieu où la fragilité puisse tenir face à la violence conquérante du monde. Pour traverser le désenchantement et le désarroi, se tenir à l’écart de fausses consolations et des impasses, nous avons besoin d’utopie pour vivre.

L’utopie n’est pas l’irréel, encore moins l’irréalisable, mais ce qui n’est pas encore advenu. Idéal et mais surtout projet concret de l’aventure humaine, elle convoque accueil, douceur, attention à ce qui est autre. Vivre l’utopie, c’est refuser les leurres et mensonges qui nous sont présentés comme incontournables. L’utopie, lieu des valeurs humanistes, est ce qui nous relie. Processus collectif, c’est un bien public qui  cimente les liens et consolide la démocratie. L’utopie est l’urgence poétique la plus accomplie. Quand il n’y a pas d’utopie, la vie se sclérose… et meurt.

Et si l’utopie absolue était la poésie ? Parce que nous croyons à son miracle, à son pouvoir vital sur la pensée et le réel. Parce que tout reste possible. Vive l’utopie !

Marie-Josée Christien 

Spered Gouez n°22 : Eloge de la frontière

Avec ce n° 22 paru en octobre 2016, Spered Gouez a fêté ses 25 ans ! 

Communiqué de presse
Bon de commande du n°22

 

Articles de Michel Baglin et Lucien Wasselin sur Texture : revue-texture.fr/eloge-de-la-frontiere.html

Article de Jacmo sur le site de Décharge

Article dans la revue Avel IX

Au sommaire du n°22 :

En couverture : oeuvres de Janladrou

Avis de tempête : Carte blanche à Jean-Luc Pouliquen pour le billet d'humeur

Le billet d'humeur de Jean-Luc Pouliquen a été repris sur le site de Guy Allix : guyallixpoesie.canalblog.com/pages/le-petit-coin-des-poetes/28697212.html et sur celui du peintre Serge Fiorio  http://sergefiorio.canalblog.com/archives/2017/01/12/34792675.html

Mémoire : Jean-Marie Gilory se souvient d'Yves Cosson

Escale : Kush (San Francisco), dossier élaboré par Eve Lerner

- Point de vue : Bestioleries poétiques de Georges Cathalo, articles de Gérard Cléry, Guy Allix et Marie-Josée Christien

Nuits d'encre, chronique de Marie-Josée Christien : livres de Claire Fourier, Anthologie Arbre(s), Eliane Biedermann, Bruno Sourdin, Jean-François Mathé, Sophie Degano, Mireille Fargier-Caruso, Brigitte Maillard. 

Passages, chronique de Guy Allix : livres de Marlène Tissot, de Jean-Pierre Siméon. 

On peut lire ici ces deux articles : guyallixpoesie.canalblog.com/pages/de-passage/27509148.html

Le coup de coeur de Jean Bescond : Christian Gury : Armand Robin et Anne Caprile, une amitié d'artistes (éditions Non-Lieu). 

Vagabondages, articles et notes de lecture de Bruno Geneste (sur des livres de Serge Pey et de Alain Souissa), Patrice Perron (sur des livres de  Eve Lerner et de Liam Fauchard), Jacqueline Saint-Jean (sur un livre de Michel Cosem), Luc Vidal (sur un livre de  Marie-Josée Christien),  Jean-Claude Bailleul (sur la revue 7 à dire)

Tamm Kreiz : Michel Baglin (dossier élaboré par Marie-Josée Christien).

Pour découvrir Michel Baglin : dossier de février dans la revue par internet Possible : possiblesuite.free.fr/pos5bag4.php

- Eloge de la frontière : poésie, nouvelles, récits courts. En français et/ou en breton.

22  auteurs (ordre alphabétique) : Guy Allix, Jean-Claude Bailleul, Adeline Baldacchino, Louis Bertholom, Jean-Pierre Boulic, Alain Brissiaud, Gilles Cervera, Marie-Josée Christien, Jean-Louis Clarac, Ivan de Monbrison, Jean-Marc Gougeon, Jean-Luc Le Cléac’h, Mérédith Le Dez,Eve Lerner, Marilyse Leroux, Brigitte Maillard, Pierre Perrin, Patrice Perron, Jacqueline Saint-Jean, Claude Serreau, Sydney Simonneau  et Sanda Voïca. Avec un dessin de Nono. 

 

Eloge de la frontière 

« Qu’est-ce qui nous fait tellement aimer une frontière ?

Pourquoi ce tremblement au moment de la traverser ? »

Jacques Darras (Anthologie personnelle 1988-2012, Poésie Gallimard)

 

« Je déteste le rideau soulevé et l’œil qui épie derrière la fenêtre ».

Juliette Gréco (entretien dans Télérama n°3443, janvier 2016)

 

Il est aujourd’hui devenu consensuel, au nom de l’ouverture et de la libre circulation,  de se réclamer de la transparence en toutes situations.  Mais d’une demande légitime qui relève de la démocratie la plus élémentaire, on a vite basculé vers une société aliénante où tout devient spectacle. Au point que la vie quotidienne devient peu à peu un vaste « open space ». Avec l’oppression perpétuelle d’être sous les regards, nous sommes entrés dans un processus de déshumanisation et de chosification sans précédent. L’injonction de la transparence crée de la confusion et conduit à l’uniformisation de la pensée.

Des calculateurs puissants sauront bientôt tout de nous, à notre insu, mais bien souvent de notre plein gré, puisque nous fournissons nous-mêmes nos données et les traces qui peuvent prévoir nos comportements, nos désirs, nos intentions, nos pensées. La société libérale d’aujourd’hui exerce un contrôle social sans faille et, défaisant les ancrages, considère que les êtres humains sont interchangeables. Le processus d’abolition de toute frontière a englobé l’intimité. Dans un contexte de mondialisation impersonnelle, on tend à confondre désormais proximité et promiscuité, regard et voyeurisme, sincérité et étalage des sentiments. Sous le dogme de la transparence, l’espace intime n’existe plus. Un dirigeant de Google a même déclaré que « la vie privée sera bientôt une anomalie ».

Or, l’absence de frontière fragilise, amène de la souffrance. Il ne peut y avoir de sentiment d’altérité quand l’individu est nié. En l’absence d’une délimitation indispensable entre la sphère sociale et la sphère privée, les individus sont devenus incapables d’avoir le souci du commun et de percevoir le lien entre intérêt collectif et intérêt individuel.

La frontière mentale est nécessaire à la vie personnelle dans ce qu’elle a de plus intime. De nombreux évènements de notre vie requièrent discrétion et confidentialité, garantes de la protection et de la richesse de notre vie intérieure. La frontière n’est pas une ligne infranchissable mais le besoin de régulièrement définir et redessiner nos relations sociales. Elle est la condition, la reconnaissance et l'emblème de l’altérité absolue. Il suffit d’une chaîne de montagnes ou d’un cours d’eau pour susciter la curiosité et l’émotion de découvrir ce qui se trouve au-delà. Sans frontière, pas de jubilation d’aller vers l’inconnu. La frontière dont nous faisons ici l’éloge est un lieu de rencontre et une ligne de généreux partage. 

Marie-Josée Christien 

 

N°21 : La poésie ramène sa science

Parution octobre 2015

 

  

Au sommaire  :

Illustrations couverture et intérieur de Francis Rollet 

Edito De la place réelle de la petite édition indépendante dans l'économie du livre, par Marie-Josée Christien. 

Avis de tempête / Taol Kurun : carte blanche à Jean-Claude Bailleul pour un billet d'humeur. 

Escale  Basarab Nicolescu, poète et physicien, auteur de Théorèmes poétiques (dossier d'Eve Lerner).

Mémoire : René Rougerie en Bretagne, par Guy Allix

Nuits d'encre, chronique de Marie-Josée Christien : Reflets de varech de Bruno Geneste, Accueil de l'exil de Anne Moser & Jean-Louis Bernard, Dans le souffle du rivage de Jacqueline Saint-Jean, Poèmes pour Robinson de Guy Allix, Et je serai aveugle aux vivants de la terre de Colette Wittorski, Le sang le soir de Guy Allix, Le jour de l'effondrement de Michèle Astrud, Au pays de Bazaine de Bernard Berrou, Les surréalistes et la Bretagne de Bruno Geneste & Paul Sanda, Auteurs des péninsules de Alain-Gabriel Monot et Catherine Le Goff. 

 Passages, chronique de Guy Allix : Elles écrivent... Elles vivent en Normandie de Nouskarabelle, Amoroso de Jean-Claude Touzeil, Sans légende de Jacques Morin

Revues d'ici, revues d'ailleurs, par Marie-Josée Christien

Coup de coeur de Jean Bescond : une lettre inédite d'Armand Robin à son éditeur. 

Vagabondages : articles de Bruno Geneste sur Paroles pour les silences à venir de Louis Bertholom, de Jacqueline Saint-Jean sur  Illuminations de Jean-Pierre Luminet, et de Patrice Perron sur Les étoiles dans l'eau de Jacques Péneau et sur L'Ankou existe, je l'ai rencontré d'André Le Ruyet.

Point de vue : Bleu naufrage de Denis Heudré (La Sirène Etoilée) par Gérard Cléry, Eve Lerner et Bruno Geneste. 

Tamm-Kreiz : Claire Fourier, en corps à corps avec le verbe (entretien avec Marie-Josée Christien).

La poésie ramène sa science : Danielle Allain-Guesdon, Guy Allix, Michel Baglin, Louis Bertholom, Alain Brissiaud, Rémi Boyer, Michel Cand, Michel Cazenave, Guy Chaty, Marie-Josée Christien, Maurice Couquiaud, Christophe Dauphin, Nicolas de Casanove, Christine Delcourt, Gwen Garnier-Duguy, Jean-Marc Gougeon, Anne Jullien, Jean-Luc Le Cléac'h, Werner Lambersy, Eve Lerner, Marilyse Leroux, Liam, Brigitte Maillard, Pierre Maubé, Lydia Padellec, Alain Raguet, Jacqueline Saint-Jean, Sydney Simonneau et Jean-Claude Touzeil. 

La  poésie ramène sa science

Ceci n’est pas une boutade, ni un jeu de mot gratuit et facile comme il en fleurit parfois dans certaines « performances » en vitrine de cette « poésie » hors sol tant adulée par nos technocrates culturels.

Poètes, qui sommes humains solitaires mais néanmoins reliés aux autres, nous nous inscrivons dans les palpitations du monde et dans le mouvement de la vie que nous captons par nos sens et notre intelligence. La poésie, en révélant les gouffres de notre ignorance, devient paradoxalement un vecteur de connaissance du monde, car, par miracle, elle sait épouser la complexité du réel et de la pensée. 

Il fut un temps où les savants étaient poètes et les poètes savants. En témoignent les œuvres phares de Lucrèce, de Démocrite et d’Héraclite. Le rapprochement de la science et de la poésie semble aujourd’hui redevenir une perspective possible. La science n’est plus une tour d’ivoire sécurisante à l’abri du doute. Elle n’exprime plus de certitudes inébranlables mais seulement des probabilités.

Poésie et sciences ont de fait de nombreux points communs, dont l’interrogation, qui est le fondement de l’écriture poétique comme celui des sciences. Toutes deux explorent et creusent le réel, en prenant appui, avec l’indispensable émerveillement, sur l’observation et l’intuition. Se fondant sur le doute, elles n’apportent que des réponses provisoires, éternellement remises en cause par d’autres questionnements. Poésie et sciences répondent à notre besoin universel de comprendre quelle est notre place dans le monde.

Par une intuition qui échappe aux explications, il arrive que le  poème nous mène vers des territoires insondables qui demeurent à dire et nous entraîne vers les questions les plus fondamentales. Dirigé vers l’universel, il interroge les sciences astrophysiques, rejoint les découvertes quantiques, réconcilie dans sa parole les multiples domaines de la connaissance, aujourd’hui fragmentés en spécialités cloisonnées. La langue du poème, en faisant vibrer d’autres cordes,  permet de dire beaucoup plus que le langage scientifique, trop spécialisé et hermétique à ceux qui n’ont pas reçu la formation adéquate. Quand la poésie ramène sa science, de nouvelles pistes s’ouvrent pour accéder à la complexité de la pensée scientifique et nous conduire au plus loin de l’obscurantisme. C’est ce chemin vivifiant aux incursions et aux ramifications multiples que Spered Gouez propose de prendre pour ce numéro.

Marie-Josée Christien 

 

 

N° 20  : Effacement

Parution octobre 2014

 

 

Couverture : land art de Roger Dautais

Escale / Paouez : Eve Lerner est désormais la responsable de la rubrique. La prochaine escale sera consacrée à Malik Duranty.

Avis de tempête / Taol Kurun : carte blanche à Guy Allix pour un billet d'humeur.

Mémoire / Koun : Tristan Corbière par Jean-Albert Guénégan.

Nuits d'encre, chronique de Marie-Josée Christien : Albert Camus / Louis Guilloux, Mona Thomas, Eve Lerner, Jeanine Baude, Gérard Cléry, Robert Nédelec, Frédérique Kerbellec, Brigitte Maillard, Hervé Delabarre, Guy Allix. 

Passages, chronique de Guy Allix (sur Jean-Louis Clarac, "Le temps des rêves", Belinda Cannone)

Points de vue : Pour danser un rêve de Eve Lerner (Sac à mots éditions), articles de Jean-Claude Bailleul, Eliane Biedermann et Jacqueline Saint-Jean.

Vagabondages : articles de  Patrice Perron, Bruno Geneste et Jean-Claude Bailleul (sur des ouvrages de  Guillaume Kergourlay, Michel Cand, Christophe Dauphin, Franck Doyen, Jacques Morin)

Coup de coeur de Jean Bescond : Le Silence de Jean-Guy Soumy (prix des lecteurs du Télégramme 2014) et commentaire sur L'étranger d' Armand Robin.

Tamm-Kreiz : Jean-Noël Guéno

Effacement : poèmes et textes de 27  auteurs sur ce thème. Présentation de Marie-Josée Christien  ci-dessous.

Pour ce numéro, Spered Gouez propose aux auteurs de faire l'expérience concrète de l'effacement : leurs  signatures disparaîtront à la publication de leur texte (leurs noms et leurs notices seront comme d'habitude dans l'index des auteurs).

Les auteurs retenus au sommaine (ordre alphabétique) : Danielle Allain-Guesdon, Guy Allix, Jeanine Baude, Louis Bertholom, Georges Cathalo, Eric Chassefière, Marie-Josée Christien, Gérard Cléry, Karim Cornali, Chantal Couliou, Fora Delalande, Roger Dautais, Maï Ewen, Gwen Garnier-Duguy, Jean-Marc Gougeon, Jean-Noël Guéno, Patrick Joquel, Christophe Laventure, Jean-Luc Le Cleac'h, Ghislaine Le Dizès, Marilyse Leroux, Martine Morillon-Carreau, Patrice Perron, Sydney Simonneau, Maria Vlanti et Colette Wittorski. 

 

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Effacement

 

  Face à la mise en valeur des egos surdimensionnés à la quête d’une célébrité aussi étourdissante et enivrante qu’illusoire et éphémère, Spered Gouez invite à revenir à l’effacement et à l’humilité, à « océaniser  sa goutte d’eau » comme le préconisait Armand Robin. S’effacer derrière le texte, c’est aller à l’envers de notre société et de son trop-plein de médiatisation, échapper à la caméra de surveillance de notre époque.

  L’effacement n’est pas une simple expérience personnelle mais une façon d’être au monde, un envol subtil et subversif. Se faire discret, c’est non seulement renoncer à la course à la visibilité autocentrée et à l’intérêt personnel, mais surtout abdiquer toute volonté de domination pour mieux voir l’autre, voir apparaître en soi l’éclosion du monde et être attentif à sa fragilité et à sa force sauvage.

  Sachons humblement mettre nos pas dans ceux des écrivains de la discrétion (Montaigne, Pascal, Baudelaire, Pessoa, Char, Reverdy, Robin, Blanchot… et plus près de nous Georges Perros, Paul Quéré et Youenn Gwernig par exemple) et retrouver la source première de l’intelligence sensible dans la captation des profondeurs de la pensée.

  Il est vrai que dans le langage courant, « effacé » est synonyme de falot, terne, insignifiant, supprimé. Mais quand l’effacement reprend le chemin de la modestie vraie et de l’humilité, la poésie retrouve son honneur et son éthique, sa raison d’être fondamentale, sa nécessité et peut-être qui sait ?  une audience. L’effacement est la réserve et la retenue des poètes qui ne cherchent pas à séduire et à complaire en faisant la roue dans les cours officielles, mais ont à cœur de partager une pensée éprouvée, vécue dans le ressourcement silencieux des mots.

  Quand les signatures s’effacent, quand  les textes se fondent les uns dans les autres dans l’anonymat pour faire matière commune, il reste juste un humus vivifiant qui nous révèle et signe notre humanité.  

 

Marie-Josée Christien

 

 

 

N°19 : Mystiques sans dieu(x)

Parution le 26 / 10 / 2013 lors du Festival du Livre de Carhaix

 
 

 

 

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Salons et festivals :

Festival du livre de Carhaix les 26 & 27 /10 - Salon de Pluguffan le 24/11-

Dans les librairies:

Spered Gouez peut être commandé dans toutes les bonnes librairies.

Ce n°19 est en vente à :

  • Penn da Benn, Quimperlé (29)
  • La Joie de lire (café-librairie), Saint-Guénolé-Penmarc'h (29)
  • Ravy, Quimper (29)
  • L'encre de Bretagne, Rennes (35)
  • Librairie Dialogues, Brest (29)
  • Le Bistro à Lire (café-librairie), Quimper (29)
  • L'Autre Rive (café-librairie), Berrien (29)
  • Noz Vad, bar-hôtel, Carhaix (29)

Au sommaire du n°19

Ce numéro est dédié à la mémoire de notre ami et collaborateur Alain Jégou.

Illustrations en couverture : toiles de Paul Quéré

Avis de tempête / Taol Kurun : carte blanche pour le billet d'humeur à Philippe Gicquel, poète et ancien animateur de la revue Saltimbanques.

Escale : la rubrique préparée par Alain Jégou est  consacrée à Mary Beach.

Mémoire : Angèle Vannier et le sacré par Nicole Laurent-Catrice

Point de vue : Jelle ou les mots de Jacqueline Saint-Jean (articles de Guy Allix, Marie-Josée Christien et Bruno Geneste)

Chroniques sauvages :

Nos chroniqueurs choisissent en totale liberté les livres qu'ils souhaitent mettre en lumière, avec pour seule contrainte la longueur des articles.

  • Passages par Guy Allix : Une leçon de bonheur (sur Serge Cabioc'h) * *
  • Nuits d'encre par Marie-Josée Christien : sur des ouvrages de Michel Baglin, Jean-Pierre Luminet, Alain Testart*,  Jean-Paul Jouary, Brigitte Maillard, Jean-Noël Guéno, Marilyse Leroux, Danny-Marc, Claire Fourier.
  • Vagabondages par Jean-Claude Bailleul, Eliane Biedermann, Patrice Perron et Jacqueline Saint-Jean : sur des ouvrages de Laurent Bayssière, Jean-Louis Bernard, Lucien Wasselin, Gérard Faucheux, Jean-Pierre Boulic, Frédéric Vitiello, ouvrage collectif sur Xavier Grall, Bruno Geneste/Paul Sanda.  
  • Revues d'ici... Revues d'ailleurs par Marie-Josée Christien : 20 revues recensées (6 de Bretagne et 14 d'ailleurs)

     * Alain Testart, auteur de Avant l'histoire. L'évolution des sociétés de Lascaux à Carnac (Gallimard) que je commente, est décédé le 2 septembre.

Tamm Kreiz : Chantal Couliou (dossier élaboré par Marie-Josée Christien)

Mystiques sans dieu(x) :  28 auteurs sont retenus au sommaire, dont 8 pour la première fois dans la revue.

Liste alphabétique : Danielle Allain-Guesdon, Guy Allix, Michel Baglin, Jeanine Baude, Louis Bertholom, Lörns Borowitz, Marie-Josée Christien, Gérard Cléry, Karim Cornali, Chantal Couliou, Françoise Coulmin, Bruno Geneste, Jean-Marc Gougeon, Denis Heudré, Anne Jullien, Colette Klein, Jean-Luc Le Cléac'h, Eve Lerner, Marilyse Leroux, Brigitte Maillard, Jean-François Mathé, Pierre Maubé, Patrice Perron, Marie-Hélène Prouteau, Jacqueline Saint-Jean, Sydney Simonneau, Lucien Wasselin, Colette Wittorski.

 * * A découvrir
On peut retrouver la chronique "Passages" de Guy Allix (des n°17, n°18 et n° 19)  sur son site : http://guyallixpoesie.canalblog.com/pages/de-passage/27509148.html

Présentation de la partie thématique

 Mystiques sans dieu(x)

 

« Le divin est en nous, ou il n’est pas »

Claude-Michel Cluny

 
 
 

 

  Spiritualité et mysticisme ne sont pas des mots désuets qu’on peinerait à prononcer par crainte de ringardise. L’importance du spirituel dans les sociétés humaines depuis l’origine n’est plus à démontrer. L’être humain a besoin, peut-être aujourd’hui plus que jamais, d’une cohérence qui excède le souci de sa propre personne et de sa simple survie au quotidien. Notre présence au monde ne va pas sans vie intérieure active, sans questionnement d’ordre métaphysique, sans souci de transcendance, religieuse ou non.

 

  Mais contrairement à une idée répandue, le spirituel n’est pas nécessairement religieux. Il concerne aussi les athées et les agnostiques. La foi religieuse n’est qu’une des variantes possibles du mysticisme, une direction que nous respectons puisqu’elle correspond à un cheminement personnel et naît d’un acte intérieur. Cependant, spiritualité et religion ne sont pas synonymes. Les voies mystiques religieuses sont certes majoritaires et de ce fait plus connues. C’est pourquoi nous nous attachons à mettre ici en lumière des expériences spirituelles plus méconnues, plus secrètes et  donnons à découvrir et à lire ces  sublimes mécréants qui, confrontés à l’énigme de la vie, n’ont pas recours à l’hypothèse d’un principe créateur, n’ont besoin d’aucun dieu pour faire fonctionner et comprendre le monde.

 

   Mystiques sans dieu(x), nous pourrions dire à l’instar de Joe Bousquet (L’homme dont je mourrai) : « Je parle en mystique, mais pas en croyant ». N’étant pas à la recherche de réponses définitives à l’interrogation sur le sens de la vie, notre démarche intègre pleinement l’incertitude et l’incomplétude. La poésie est alors vécue comme une quête initiatique fondamentale et devient l’élément central de nos  existences qui se cherchent en profondeur. 

 

Marie-Josée Christien

 

 

 

Courrier des lecteurs

 
 

 

     Objectivement la qualité de la conception, la rigueur, le sérieux et l'"esprit" de votre revue sont des atouts indéniables qui forcent l'admiration. Bravo encore, bonne continuation à vous et à toute votre équipe. Peut-être se rencontrera-t-on un jour, qui sait, dans le Finistère ou ailleurs... ce serait un grand plaisir et un honneur d'échanger avec vous, ne serait-ce que quelques instants. JMarc

 

   Une livraison particulièrement riche et dense, avec les notes de lecture habituelles, concises, claires, qui donnent envie "d'y aller voir". J'ai beaucoup apprécié l'occasion de découvrir la personnalité et l'univers de Chantal Couliou dont j'ai lu récemment "Croqués sur le vif", poèmes pour la jeunesse. Beaucoup apprécié aussi le retour sur la grande oeuvre d'Angèle Vannier, par Nicole Laurent-Catrice.

Le gros morceau de ce n°19 était très attendu : "Mystiques sans dieu(x)", une orientation fondamentale de la poésie, hier et aujourd'hui, mais un thème difficile à traiter tant ce sont les mystiques avec dieu(x) qui semblent s'imposer. L'ensemble des poèmes réunis ouvre cependant d'autres chemins tout à fait "empruntables" vers une transcendance qu'aucune divinité ne ferme mais que l'exigence de soulever le monde rend encore plus vibrants d'ardeur et d'inquiétude. Cette inquiétude sans laquelle on n'écrirait pas de poésie.

Si j'avoue m'être un peu égaré dans certains textes, je me suis trouvé en connivence avec la majorité d'entre eux : pour citer quelques noms de poètes en exemple, outre le vôtre : Wasselin, Allix, Marilyse Leroux, Heudré, ou Baglin m'ont été les plus proches. Quelqu'un d'autre ferait une autre liste, tant mieux. Bref, votre Spered Gouez 19 est de la belle ouvrage : je vous en félicite et remercie. Jean-François

 

    Il y a de la diversité et de la matière. Michel
 
   J’ai lu Spered Gouez, c’est un beau travail, le thème est excellent et la progression des poèmes choisis me semble intéressante. B. 
 
  Merci pour les lectures de Jelle et les mots, chacune m’a frappée par sa tonalité propre au lecteur ( j’aime ici que la lecture soit aussi lecture de soi-même, comme disait Proust !).     Jacqueline Saint-Jean
 
  Très bonne revue par la qualité des textes, des auteurs découverts et la ligne éditoriale. Laurent
 
   J’ai tout lu avec intérêt, dossiers, chroniques toujours nourrissantes. La plupart des poèmes de Mystiques sans dieu sont de qualité, abordent la problématique de façon personnelle,  je ne peux citer ici tous ceux qui m’ont arrêtée pour relecture. J.
 
 
 
 
 

 
 
 
 
N° 18
Ephémère et éternel, le temps
 
 
 
 
 

Ephémère et éternel, le temps

 

    Le temps nous enveloppe, nous traverse et nous dépasse. Chaque instant est unique et éphémère, sans cesse renouvelé et  à chaque fois nouveau. « Le présent est la chose la plus difficile à vivre », a dit le philosophe Giorgio Agamben. Avoir conscience du temps n’est pas une faculté innée, mais une épreuve, une quête. 

   La poésie est, en cette recherche, le chemin à emprunter, le levier à actionner. Elle ne peut naître que de l’accumulation d’une profonde expérience de l’existence, à l’abri des contagions des modes. La poésie se doit de vivre de sa rencontre avec le temps. C’est indéniable, notre monde est celui du temps, celui de la pérennité de l’éphémère et du fragile.

    Or le temps est devenu une denrée rare. Notre époque, au diapason de la vitesse et d’un rythme effréné, dévore tout sur son passage. A mesure que nos paysages se sont dégradés, notre monde s’est  fragmenté, émietté. Alors que tout va toujours trop vite, nous n’avons jamais été si peu disponibles.

Il y eut les brouillages doctrinaires, le confort des certitudes,  les malentendus, les égarements, les impasses, si bien qu’il est aujourd’hui plus admis de se montrer désinvolte, désabusé, railleur, sarcastique, voire cynique, que de creuser sa capacité à être réceptif.  Il ne nous reste plus que le désenchantement et la sensation du temps perdu, gâché.

    Nous ne sommes pas de nulle part. Notre monde est celui du temps. Nous sommes la seule espèce vivante à avoir cette remarquable capacité d’en avoir conscience.  Encore nous faut-il être dans l’accueil plutôt que dans la conquête, être humbles suffisamment pour accueillir sa présence rayonnante et reliante.

A nous de retrouver un temps qui entre en résonnance avec l’univers au lieu de s’en couper, et, non seulement de  le dépeindre en termes minutieux, mais de  le penser, le méditer, lui donner sens dans ses trois acceptions : sensation, direction et signification.

 

Marie-Josée Christien

 

 

Courrier des lecteurs

 

 

Jean-Claude Chenut me signale "le temps qui reste" interprété par Serge Reggiani:

 

"As-tu déjà entendu cette terrible chanson "le temps qui reste", chanson postface du film" deux jours à tuer" de J.Becker, chanson interprétée de façon... superlative (disons) par Serge Réggiani ? "éphémère ...le temps" A écouter d'urgence. "

 

Suite au message de Jean-Claude, j'ai trouvé ceci sur le net que je fais partager:

 http://www.dailymotion.com/video/x3t75w_serge-regianni-le-temps-qui-reste_music 

 

"Beau travail, belle revue." Françoise

 

"Le dernier Spered Gouez est vraiment une réussite, bel entretien avec Bernard Berrou, le rythme de l'ensemble convient parfaitement." Bruno

 

"Une fois de plus, j'admire la richesse littéraire que j'y découvre et suis très content d'y connaître pas mal d'auteurs remarquables. La revue évoque en moi une certaine nostalgie, car je me souviens de mes séjours en Bretagne et regrette - par peur des longues distances - de ne plus m'y rendre..." Fritz Werf (poète et éditeur)

 

" Bon numéro, j'apprécie particulièrement le choix des illustrations. Les toiles de Bruno Dufour-Coppolani et les dessins de Denis Heudré sont superbes." Michel

 

" La thématique du numéro me touche beaucoup. J'aime  particulièrement  les poèmes en  fin de numéro" . Angélique B.

 

"Ce Spered Gouez n° 18 me plaît beaucoup. La partie critique est copieuse et ouverte à la polyphonie de la poésie d'aujourd'hui. Dans la partie réservée aux poèmes, les vôtres se détachent de l'ensemble avec leur lyrisme affûté par la concision (par exemple ces 3 vers : La durée / n'a de sens / que dans les temps morts). J'y ai aimé aussi les poèmes de Marilyse Leroux et ceux de Guy Allix." Jean-François (courriel à Marie-Josée Christien)

 

"J'ai aimé le  poème d'Eve Lerner dans le n° 18,  celui de la page 151, spécialement la fin. J'ai aimé lire aussi l'entretien avec Bernard Berrou, une parole très revivifiante."  M. L.  

 

 "Ta revue est  pour moi un plaisir de découverte. Je viens de commander - un passager dans la baie-, ta rencontre/interview avec Bernard Berrou me plaît beaucoup."  Brigitte M. (courriel à Marie-Josée Christien)

 

" Je viens de lire l'article d'Alain Kewes dans Décharge. J'ai du mal à comprendre qu'on puisse écrire autant de lignes sur une revue dont on déconseille la lecture. Du coup, j'ai lu le billet d'humeur de Paul Sanda que j'avais laissé de côté. Le billet en question, pour à peine 2 pages sur presque 170, occupe presque la totalité de la diatribe de Kewes, qui démontre par là qu'il est une parfaite illustration du "petit monde de la petite poésie" évoqué dans cet avis de tempête. Pour un coup de tempête, c'est un sacré coup de tabac, encore plus fort que ces derniers jours." Gilles D.

 

" Vu les difficultés des revues, ce serait plus intelligent de les faire connaître que de les flinguer." Serge 

 

" A.K. réagit uniquement à l’article de Paul Sanda, une réaction épidermique de... défense, de protection de sa communauté, de sa chapelle donc... Empli de sa réaction émotionnelle, il n’a pas pu lire (et il le dit) la revue!!! n’y cherchant que ce qu’il pouvait y détruire, en prenant l’air de sauver quand même quelques individus ou quelques idées du naufrage... Ce n’est pas correct et ce n’est pas un travail de critique." B.M. 

 

"Vous avez raison d'écrire dans votre édito qu'on ne comprend plus le pamphlet aujourd'hui. On ne comprend pas non plus l'humour. Desproges serait aujourd'hui censuré." Jean-Michel
 

 
 

 


 

Atlantique
 
 
L’Atlantique  est aujourd’hui de plus en plus marginalisé, dans notre économie comme dans nos esprits, absent de nos vies réelles. Si nous n’y prenons garde, il ne sera bientôt plus qu’un vaste terrain de jeux pour défis sportifs futiles.   Notre littoral malmené, expurgé de ses espaces sauvages, tend à devenir une succession de zones  de loisirs et de résidences de luxe. A quand nos ports de pêche moribonds tous reconvertis en musées dédiés à la nostalgie et à la commémoration  dont notre époque est si friande ?    
Pourtant l’Atlantique a été un des éléments fondateurs de notre culture. L’histoire maritime a forgé notre économie et notre sociologie. Synonyme d’ouverture, elle a permis notre rayonnement et nourri notre imaginaire. 
Aujourd’hui nous lui tournons  le dos, au lieu d’en faire notre  poumon vital.
A vrai dire, notre monde n’est plus fait que d’espaces clos, vains, factices où nous tournons en rond. Nous n’avons pas « un monde, mais une accumulation immonde », ainsi que l’affirme Kenneth White dans l’une de ses conférences.
 «  Insister sur la marge atlantique, ce n’est pas se perdre dans la périphérie, c’est donner à l’Europe toute sa dimension, tout son espace ». C’est ainsi que de son atelier atlantique sur le promontoire armoricain, l’écrivain écossais Kenneth White, en posant les bases de la géopoétique, invite le continent à prendre en considération son ouverture atlantique et à jeter un coup d’œil vers l’ouest européen. En décentrant notre vision de la terre ferme vers l’océan, nous retrouverons, en un arc atlantique  des Hébrides au Portugal, une entité cohérente et fragmentée, une et multiple, propice à respirer la vitalité des voies mouvantes, imprévisibles, non tracées à l’avance. Nous nous immergerons dans un paysage en formation qui participe à l’énergie du monde. Notre horizon s’en trouvera élargi. Par une dynamique et une « poéthique » puisées dans la vie vécue, l’esprit sauvage pourra enfin lier sensation, connaissance et pensée.  
Avec Spered Gouez, pensons et rêvons l’Atlantique. Soyons d’Atlantique !
 
Marie-Josée Christien
 
  
N°16 
Signe des traces
 
 

« L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible » écrivait le peintre Paul Klee. En état de quiète réceptivité et d’ardente incertitude, il est temps à présent de regarder le monde avec étonnement où l’invisible a sa part.


Spered Gouez s’attache aux textes qui partent d’une réalité sensible, qui naissent d’une exploration concrète, décantée et révélée. Pour nous, la poésie ne sera jamais ni l’affaire du seul moi ni exclusivement une affaire de langue. Elle est ce qui permet de relier nos sens et nos sensations à une pensée plus forte, plus exigeante, plus intense. En quête de ce qui échappe à notre regard quotidien, de ce qui nous reste mystérieux, elle nous donne à sentir différemment, avec la plus haute densité, notre rapport au monde.


Notre période est tellement creuse que nous ne savons plus regarder les traces nous faire signe. Ces traces qui nous relient, sillons, esquisses de chemins, fragments d’une terre infiniment arpentée, traversée, contemplée, ces empreintes mentales nous font signe et nous invitent à user différemment de nos sens, de notre sensibilité, de notre savoir et notre imagination. Ces facettes d’une terre vivante aux respirations rythmées donnent le temps de l’immobilité méditative, de l’inutile, du nécessaire silence.


Sur la peau de la terre, les traces sont comme autant de signes à lire, à accueillir comme une écriture. Surpris par la quantité de formes qui se révèlent, nous nous sentirons touchés par la fragilité des traces et des éclats, des brisures, des blessures. Nous accueillerons à jamais leur empreinte dans notre corps et notre mémoire. Nous graverons leur authenticité dans notre parole.


Et nos propres traces seront à leur tour partitions de signes, aux vibrations répétées par le roulement de nos saisons intérieures.

 
 Marie-Josée Christien